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30/03/2015

Mas-des-Cours : un fief templier.

Mas des cours.jpgVieux village fortifié, Mas-des-Cours était protégé par un châ­teau appartenant aux Templiers. De nos jours, ce n’est plus qu'une ruine. Une végétation impressionnante en recouvre pratiquement toutes les pier­res jusqu'à en faire oublier le souvenir de son existence.
Depuis le XVIle siècle, son délabrement est attesté par les relevés topographiques de Cassini et la carte diocésaine qui l'inscrit sous cette dénomination laconique: Cours des Templiers.
Au début du XIXe siècle, encore, ce château offrait de "beaux restes. Le vieil annaliste Viguerie a pu ainsi décrire ses fondations encore visi­bles et repérer « une voûte souterraine encore intacte ».

Jusqu'au XVIe siècle, ce château était encore habitable.Mas-des-Cours[1].jpg Pendant les guerres de Religion, les habitants du village s'y réfugièrent. On sait que le 6 juin 1575, les Huguenots s'en emparèrent. Il fallut des forces relativement importantes pour les en déloger. Le gouverneur de la cité de Carcassonne, Laviston, le fit bombarder par ses canons pendant plus de trois heures, envisageant pour le lendemain de le prendre d'assaut. Mais, dans la nuit, à la faveur d'une porte qui s'ouvrait sur la rivière, les Protestants l’évacuèrent discrètement.
En 1732, il est rapporté que Mgr de Besons, évêque janséniste de Carcassonne, voulut y établir son séminaire. Mais, finalement, ce projet resta sans suite en raison des très grandes réparations que sa remise en état aurait nécessité.

Comme tout bien templier, le château du Mas-des-Cours fut dévolu aux chevaliers de Malte, après l'extinction de l'Ordre du Temple. Bien que cette congrégation bénéficiaire possédait déjà des terres mitoyennes au Mas-des-Cours avec celles des Templiers, elle planta des bornes supplémentaires délimitant l'étendue de ses nouvelles propriétés.

Croix-de-Malte[1].jpgEn regard d'une borne frappée d'une crosse, témoignageCroix-latine[1].jpg d'une ancienne possession de l'Evêché de Carcassonne, on peut voir sur le territoire de la commune, deux autres bornes à environ deux km. du château ruiné des Tem­pliers. Elles sont gravées, sur la face regardant au Sud, d'une croix de Malte inscrite dans un cercle.

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SOURCES DOCUMENTAIRES : : Gavoy (L.) Excursion du 14 mai 1911 à Mas-des-Cours à Fajac-en-Val et à Villar-en-Val, in Bulletin de la société d’études scientifiques de l’Aude, t. 23, année 1912, p.115 Massiac (Y.) Mas-des-Cours: bornes seigneuriales, in Bulletin de la société d’études scientifiques de l’Aude, t.85, année 1985, p.172. Mahul (Alphonse) Cartulaire des communes de l'ancien diocèse de Carcassonne, t.1, p. 347 (1875).

Références Web : Excellent article de Christian Pioch : http://www.templiers.net/etudes/index.php?page=Chateau-des-Templiers-de-Cours. Crédit photos.

 

29/03/2015

Niort-de-Sault : Le castrum Aniorti.

En suivant le défilé du Rébenty, le petit village de Niort est l'une des dernières localités avant l'Ariège. Ce bourg est dominé par un rocher énorme sur lequel s'élevait jadis un de ces nids d'aigle inexpugnables. II commandait le passage descendant de la plaine de Belcaire et du col des "Sept Frères".».

800px-Piton-niort[1].jpgConstruit à l'origine par les rois wisigoths, il fut inféodé par les premiers comtes du Rhedesium avant d'être attribué, au XIIe  siècle, à une branche des comtes de Cerdagne, qui prit le titre de barons de Niort, ou Aniort.  Entre frères, ils se partagèrent les châteaux ou places de Gesse, Montaillou, Dournes et Castelpor. On sait avec quel courage, les frères Niort s'opposèrent, dans le Pays de Sault, à la progression des armées d'invasion de Simon de Montfort. Jusqu'au bout, ils tinrent leur serment de fidélité envers Raymond Trencavel.
En 1240, enfin, ils se soumirent à l'autorité du roi de France. Con­sidérant leur rang, on leur accorda quelques prébendes et indemnités, mais ils perdirent leurs châteaux, leurs forêts et leurs villages.
Gesse et Montaillou furent démantelés. Castelpor, Dournes et Niort subsistèrent.  Louis IX songea même à améliorer encore les défenses de ce château, lorsqu'il signa, avec le roi d'Aragon, en 1258, un traité lui cédant les droits de plusieurs contrées frontalières, dont le Pays de Sault.

Trois siècles plus tard, ce pays avait réintégré le giron de la couronne de France, lorsqu'en 1573  les Escalier-niort[1].JPGtroupes calvinistes de Jean de Lévis s'emparèrent de la forteresse de Niort. Ce n'était plus alors qu'une position vétuste ayant perdue depuis longtemps son importance stratégi­que. Les Protestants dépecèrent cette vaste carcasse. Puis, les gens du cru achevèrent sa déchéance. De nos jours, c'est à peine si les vestiges qui en subsistent laissent deviner son ampleur d’antan.
Au cours des années 30, on pouvait encore suivre la trace de ses remparts et de ses tours. Actuellement, on ne distingue plus qu'un escalier de pierre dune douzaine de marches et une sorte de vasque qui pourrait être plus une fontaine qu'une ancienne citerne.

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REFERENCES DOCUMENTAIRES  : Courrent (Dr Paul) Excursion à la grotte de l'Aguzou et à Usson, Bulletin de la société d’études scientifiques de l’Aude , t.40, 1936, p.91 ;  Fédié (Louis) Le comté du Razès et le dio­cèse d'Alet (1880), pp.294-300; Coincy Saint-Palais (Mme) Donjons et, castels au pays des Cathares (1964), pp.301-306; Durban Itinéraire en pays cathare (1976),  pp. 91-92.

crédit photos : Wikipédia.

 

28/03/2015

Castelnaudary, l'alchimiste Pierre-Jean Fabre.

1_casa_dsc_0481_antigrafi_0[1].jpg

Au XVIIe siècle vécut à Castelnaudary un fameux médecin d'une grande fortune et d!un vaste savoir, Pierre-Jean Fabre.
On peut encore voir sa demeure : un petit château rustique, qu'il possédait aux environs immédiats de la ville. Il est situé près de l'an­cien chemin du Mas-Saintes-Puelles, non loin de l'actuelle écluse du canal du Midi ("la Planque").

Sa façade est ornée d'un motif sur lequel on voit un forgeron (fabre signifie forgeron en langue d'oc) dans l'exercice de son métier. Il lève son marteau sur un fer forgé posé sur l'enclume. Au-dessous, une plaque de marbre rouge sur laquelle on a gravé cette devise latine :

Hos lapides erexit Alchymia
Quae reliqua dilapidat pro lapide.

[L'alchimie a permis de dresser les pierres de cette maison,
Elle qui fait tout dilapider (d'habitude) pour la pierre philosophale.)

Pour se permettre de faire un tel aveu, il fallut que sa réussite soit de notoriété publique. Il laissa en tout cas à la postérité une dizaine d'ouvrages, sur l'alchimie.
f2[1].pngSes meilleurs biographes pensent que Fabre vint à la science hermé­tique en lisant les auteurs du Moyen Age et que, particulièrement, les traités d'Arnaud de Villeneuve jouèrent un rôle non négligeable dans son apprentissage. Par la suite, il aurait complété ses connaissances auprès d'alchi­mistes à Francfort.  
Loin d'en concevoir un sentiment de supériorité, il eut toujours soin de se faire assister par des religieux ou des magistrats au cours de ses expériences de transmutation. Il entendait ainsi démontrer que ses opérations ne devaient rien aux puissances maléfiques et ne constituaient pas une atteinte aux dogmes religieux.
C'est ainsi que le 22 juillet 1627, sa transmutation du mercure en argent eut pour témoins un lieutenant présidial en la Sénéchaussée de Lauragais et trois religieux Capucins.
Dans ces conditions, en ce jour de la fête de Sainte-Madeleine, à Castelnaudary, il expérimenta un demi-grain de poudre de sel physique. En l'espace d'une demi-heure, il transforma une once entière de vif-0001[1].jpgargent (mercure) en argent absolument pur, « beaucoup plus net et éclatant que l'argent ordinaire ». Dans l'heure qui suivit et afin de ne pas laisser perdre ce grain de sel physique qui, loin de s'amenuir, était plus gros et plus lourd qu'il ne l'était primitivement, il changea une drachme de plomb « en ar­gent pur-et véritable ».

Pour avoir été un alchimiste heureux, Fabre n'en fut pas moins un médecin de grand talent. Sans s'éloigner des préjugés de son temps, il ramenait volontiers tout à l'astrologie. Il pensait fermement que les influences astrales, causes célestes des phénomènes terrestres, intervenaient dans l'explication de toutes choses.
Ainsi lors d'une épidémie de peste, en 1628, il imposa à ses mala­des de faire bouillir l'eau, et de désinfecter linges et vêtements. Il n'agissait pas ainsi en fonction des microbes qui activaient la conta­gion (et dont il ne se doutait même pas de leur existence), mais il croyait en agissant de la sorte détruire les influences astrales mali­gne. L'extraordinaire, c'est que la méthode du docteur Fabre fut payante. On fit désormais appel à lui pour lutter contre ce terrible fléau.

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SOURCES DOCUMENTAIRES.  Nelli (René) Histoire secrète du Languedoc, pp.106-126 (1978); id° Dictionnaire des hérésies méridionales, pp.23-24 (1968); Canseliet (Eugène) Deux logis, alchimiques, p.106 (1979); Rimailho (André) Lieux et histoires secrètes du Languedoc, pp.172-174 (1980).