Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

05/04/2015

Davejean : l'église du village disparu.

423_001[2].jpgA moins de 2 km, au Nord-Ouest du village, on peut voir au lieu dit Mercadal, les vestiges d'une vieille église romane.Malgré son état ruiniforme très aggravé, on peut encore déterminer que l'église était constituée d'une nef unique, rectangulaire, de 12 mètres de longueur sur 4,50 mètres de largeur dans l'œuvre. Elle était terminée sur le côté Est par une abside en hémicycle, percée de petites ouvertures rectangulaires qui devaient ajourer parcimonieusement le chœur.
Déjà, au milieu du XVIIIe siècle, ce sanctuaire était  déchu de sa fonc­tion. Le Compoix, à la date de 1749,  qualifie cet édicule de "masure": « ...une vieille masure d'église appelée la Madelaine »…
Au Sud de cette vieille église de la Madeleine, des travaux d'agri­culture révélèrent en 1950 la présence d'un cimetière très ancien. Plusi­eurs sortes de sépulture y furent distinguées, particulièrement de la période gallo-romaine et wisigothique. Malheureusement, aussitôt que découvertes, ces tombes furent détruites en même temps que les petits objets qu'elles contenaient étaient dispersés dans la terre labourée. Peut-être quelque utilisateur de détecteurs de métaux serait en mesure de retrouver ces vestiges négligés.....

 Au début du siècle, encore, à une centaine de mètres au Nord de ce cimetière, un autre champ funéraire fut délimité. C'est en ouvrant inci­demment une tranchée sur sa longueur, pour construire un chemin d'accès, que l'on exhuma, là aussi,  d'autres tombeaux. Ceux-là, cependant, étaient plus récents clé quelques siècles. Approximativement du Xe ou du XIe siècle, soit à l'époque ou l'église de La Madeleine servait au culte.  Cette fois, la moisson fut assez pauvre, la plupart des squelettes gisaient à même la terre. Pas le moindre objet subsistait à leur côté.
Toujours dans ce même secteur, fut découverte une fosse contenant les restes de sujets appartenant au sexe masculin. On a d'abord pensé qu'il pouvait s'agir d'un charnier creusé au lendemain d'une bataille, mais ce n'est qu'une hypothèse. Il était exclus qu'il s'agisse d'une fosse commune dans laquelle on aurait déposé les corps d'une population déci­mée par une maladie endémique. Gomment, en ce cas, expliquer l'absence de squelettes, de femmes et d'enfants !. Reste cette idée exprimée comme la plus crédible: il s'agirait d'un caveau contenant les cadavres de moines ayant appartenu à un prieuré dont aucune trace n'a subsisté.Piegros-Medard-XII-01n[1].jpg

 Deux cimetières pour une église, cela semble faire beaucoup. L'abbé Sabarthès cite dans son fameux Dictionnaire topographique du département de l'Aude (1912),au sujet de la commune de Davejean, un écart appelé « la Salvetat » (locua de Salvetate, 1293).  II se serait agi d'une pro­priété dépendant de la Commanderie d'Albas, des chevaliers de Malte. Or, ce nom de Salvetat ne figure pas dans le Compoix et moins encore sur les différents cadastres de la commune. En revanche, les noms de Mercadal et de La Madeleine y figurent toujours.
Il est vraisemblable que le nom de la sainte patronne de l'église a prévalu sur celui du village de Salvetat. Aussi bien le sanctuaire a perduré, pendant que les pauvres maisons tout autour tombaient en ruines. Il n'est pas rare en tout cas, au moment des labours, que des débris de poterie, datant de la période médiévale, soient ramenés au jour.

_________________________________________

SOURCE DOCUMENTAIRE : Pons (Georges-Edouard) Notes archéologiques sur Davejean, Bulletin de la société d’études scientifiques de l’Aude, t 56, année 1956,  pp.25-36.

04/04/2015

Saint-Hilaire : l'échiquier du cloître.

444_001[2].jpgEn cette abbaye, on ne manquera pas de remarquer sur le sou­bassement de la galerie Est, en face de la partie du presbytère, un échiquier sculpté.
En fait d'échiquier, il s'agit d'une série de 32 trous, profonds de 2 à 3 mm, disposés en carrés de 8 rangées de 4 cases. S'agit-il dun jeu ?  Et lequel ?
On se perd en conjonctures sur la destination de ce dispositif, Tel quel, il ne correspond à aucun principe connut. Il ne s'agit pas d'un jeu de dames car il ne comporte pas les 10 rangées de 10 cases chacune; ni d'un jeu d'échecs puisqu'il est dépourvu des 8 rangées de 8 cases exi­gées pour cet exercice. On peut198653776[1].jpg également exclure le jeu de jonchets, où s'active plus l'adresse des mains que l'intelligence. Peut-être, faute d'éléments complémentaires, s'agit-il d'un jeu de dames re­montant à l'époque où l'on y jouait non avec des pions, mais avec des dés ?..„

Dans cette perspective, on peut tout de même s'étonner de la pré­sence de cet échiquier dans un cloître où il est plus généralement de  mise d'observer une attitude en conformité avec la rigueur monacale.
En tout, cas, ce jeu sculpté est unique dans la région : ni Fontfroide, ni Lagrasse, ni Saint-Papoul, n'ont dans leur cloître un jeu semblable.

_________________________________

Réf.: Girou (D. Jean) L'échiquier du cloître de Saint-Hilaire, in Mémoires de la société des  Arts et Sciences de Carcassonne, t. III, 3e série, pp. 55-56.

03/04/2015

Comigne : Des prières pour faire pleuvoir.

384_001[1].jpgII y  a à peine une génération encore, les agriculteurs de Comigne, subissant une sécheresse persistante, demandaient à leur Curé d'organiser une procession pour faire revenir la pluie.
Placé sous 1’invocation de saint Michel, un cortège alors était formé.  Le Curé en tête,  il était suivi par des enfants de chœur  et quel­ques hommes portant une grosse crois de bois. Derrière eux cheminait le reste des villageois.
Bientôt, parvenus au sommet de l'Alaric, les fidèles se rangeaient autour des ruines d'une chapelle. Là, devant un autel improvisé fait d'un bloc de marbre surmonté d'une croix de fer, le prêtre disait une messe.
Puis,  après avoir béni l'autel, il invitait ses ouailles à chanter un cantique à saint Michel.
En redescendant la côte, les chants se poursuivaient. II y avait dans les paroles entonnées une douce0425rogations3[1].jpg irrévérence:

...San Miquel dona-nous d'aigo
   Barrejado ame de vi
   Mai de vique d'aigo
   Tout pur encaro milhou.

   [Saint-Michel, donne-nous de l'eau
   Mêlée à du vin
   Plus de vin que d'eau,
   Et pur, ce serait encore mieux]

   Théoriquement, dans les heures qui suivaient, une pluie bienfaisante devait tomber du ciel.

_____________________
SOURCE DOCUMENTAIRE : Jalby (Robert) Le folklore du Languedoc, t. XI (Ariège -Aude - Lauragais - Tarn), pp. 299-300 (1978).