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11/04/2015

Coustaussa : le chateau.

coustaussa.jpgAu nombre des châteaux satellites placés à la garde de Rennes-le-Château, Coustaussa (avec Blanchefort, Arques et Bugarach) avait vocation de surveiller la vallée de la Salz. Le nom même de ce village viendrait de Custodia (par contraction de Custoià), autrement dit Custode, qui signifie « gardien ».

C'est à l'initiative de Raymond Trencavel, vicomte de Carcassonne, que fut construit ce château. En 1157, il fit donation du village de Coustaussa à Pierre de Vilar, viguier de Redae, à charge pour lui d'y établir un point de défense.
Sans être très important, ce château, assis sur un rocher, faisait quarante-cinq mètres de façade. Protégé par un solide rempart, d'autres murs de défense disposés à intervalles réguliers à flanc de coteau en rendaient l'accès toujours plus difficile.
Considérant le vis-à-vis Coustaussa/Rennes-le-Château, on dit que les seigneurs respectifs de ces deux places correspondaient au moyen... d'un porte-voix. Ce n'est pas tout de le croire !

IMG_0001 (2).jpgCe château était-il construit en 1170 lorsque, dit-on, l'armée aragonaise d'Alphonse II déferla sur le secteur ? Redae aurait alors connu les affres d'Oradour. En tout cas, Coustaussa ne semble pas avoir trop souffert de cette proximité. En revanche, son déclin commença en 1210 lorsque sa po­pulation fit le choix terrible de résister à Simon de Montfort. Les repré­sailles furent impitoyables. Mal défendu, le château tomba comme un fruit mûr. Aucune maison n'échappa au pillage. En fin de compte, les croisés humilièrent les gens de Coustaussa, en les réunissant dans la cour du châ­teau et les obligeant d'assister à l'embrasement de leurs hardes et de leurs meubles. Longtemps, dit-on, subsistèrent des traces de calcination sur les moellons du rempart, près de la chapelle castrale.

IMG_0001 - Copie (2).jpgAux Vilar, dépossédés de leur fief, succédèrent la famille Montesquieu, de Roquefort-de-Sault. Ce bien leur IMG.jpgresta jusqu'à

la Révolution. Puis, il passa aux mains des Azaïs, d'Arqués. Mais la charge était trop lourde pour ces petits propriétaires fonciers. En 1819, préférant échapper à l'impôt, M. d'Azaïs prit le parti de dépecer le château. Il préleva ainsi sa charpente pour réparer un moulin, beaucoup plus rentable, endommagé par une crue. Aux gens du pays, il vendit également des pierres de taille.
C'est grâce à cela qu'un certain Fraisse offrit à M. Gabelle, collectionneur à Carcassonne, auteur de différentes communications pour le compte de la Société d'Etudes Scientifiques de l'Aude, une pierre armoiriée de 50 cm en carré, avec un écu sur sa face portant quatre chevrons renversés et concentriques.

10/04/2015

Serres : le bâton du Commandeur.

IMG_0001.jpgC'était, dit-on, le verrou des Corbières. Son nom viendrait de Serrœ -les défilés. Outre son pont romain sur le Réalsès, voyez son église. A l'exté­rieur, du côté de l'ancien cimetière, ne manquez pas d'admirer une énigmatîque croix pattée, sculptée sur un moellon, juste au-dessus d'un arrondi de porte, passage de nos jours muré. C'est par cette sortie que l'on empor­tait les morts après la cérémonie religieuse.
Signalée pour la première fois par George Kiess, en 1995, celui-ci n'est pas sans faire re­marquer que cette croix se trouve auréolée d'un demi cercle, tel un nimbe, partant de l'angle supé­rieur des deux bras latéraux pour passer largement au-dessus de la branche sommitale.
Sur sa partie inférieure, en­core, une sorte de manche verti­cal se prolonge jusqu'àIMG.jpg l'arête de pierre, donnant la nette impres­sion de l'amorce d'une hampe bien plus longue encore.
A premiète vue, cette sculp­ture pourrait représenter un « bâton de Commandeur » ou Albacus. En ce cas cette croix pourrait avoir une origine templière. C'est là une figure très rare : on ne connaît qu'une seule représentation graphique simi­laire et elle se trouve en Belgique, sur la pierre tombale de Gérard de Villiers, fondateur de la commanderie de ce nom (Villiers-le-Temple, province de Liège).


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SOURCES DOCUMENTAIRES : C.E.R.T., bulletin de liaison n° 5, janvier 1995, pp.16-17; M. Azens et P Jarnac, L'oeil sur la montagne ou le secret de l'abbé Boudet, p. 73, 2010.

09/04/2015

Marseillette : une nuit d'horreur.

234_001[1].jpgOn n'aurait vraisemblablement jamais rien su d'une effarante séance de sorcellerie si ses exécutants n'avaient pas cédé à la panique et accu­mulé les indices qui ont permis de les identifier.
Au matin du 7 novembre 1983, - c'était un dimanche -, un passant remarqua parmi les détritus de la décharge du village de Marseillette un pied humain émergeant d'un sac poubelle qui se consumait lentement, Aussitôt, les services de gendarmerie de Capendu furent informés de cette macabre découverte.
Les premières constatations révélèrent la présence d'un corps en décomposition, mais dont la jambe gauche avait été sectionnée à hauteur du genou. De toute évidence, on avait tenté de faire disparaître le corps en l'arrosant préalablement d'essence. Puis, on y avait mis le feu.
Tout près du cadavre, les gendarmes dégagèrent un autre sac plasti­que, contenant cette fois les viscères d'un mouton. Cependant, en essa­yant de trouver un indice permettant de le conduire sur une piste, l'un des enquêteurs distingua au milieu de ce magma deux photographies.
Si l'une était devenue informe, l'autre représentait une vue de groupe dont on avait eu la bizarrerie de faire disparaître un visage en le découpant aux ciseaux en forme de losange „..
Soumise à la sagacité du maire de Marseillette, alors M. René Allemany, celui-ci y reconnut l'un de ses administrés, M. Gilbert X… *. C'est un Audois d'adoption, d'origine savoyarde, né en 1952.
Il est artisan dans le bâtiment, spécialisé dans, la pose des panneaux en placo-plâtre. On le reconnaît à sa moustache façon « walesa », le leader polonais. Il est marié à une jeune femme originaire comme lui de la ré­gion de Grenoble.  Ils ont un petit garçon de 3 ans.
Sur ces informations, une fourgonette de la gendarmerie arrive devant, la maison de Gilbert X...  C'est une maison sans caractère à un étage dont l'entrée se trouve dans une petite rue.
C'est notre homme qui répond aux gendarmes. Sur présentation de la photo en question, ceux-ci lui demandent de les suivre. Gilbert ne pro­teste pas, il trouve seulement à dire à sa femme « Ne t'inquiète pas, je reviendrai dans la soirée. »
Le mari partit, le capitaine Derrien et deux autres gendarmes tien­nent compagnie à la jeune femme. Tout à coup, l'officier exprime sou intention d'aller examiner le garage de la maison, la jeune femme hésite, dit quelques mots timides et tend les clefs du local au capitaine.
Devant la porte, au moment de faire jouer la clef dans la serrure, l'homme est interrompu par la jeune femme. Celle-ci s’exprime alors bizarrement :: "Ce que vous allez voir à l'intérieur va vous surprendre. La nuit dernière, il s'est passé des choses étranges. Je n'y ai pas assisté, mais mon mari yétait avec Michèle Y…,  qui est une amie à nous et Z..., son compagnon. »
En effet, au premier regard dans la pièce, les gendarmes ont l'impression de basculer dans l'irrationnel.  La vision qu'ils ont sous leurs yeux incrédules leur ferait croire qu'ils ont régressé de plusieurs siècles, soit au temps les plus forts des exorcismes clandestins et des messes noires secrètes !

Le décor est impressionnant, oppressant; l'odeur, insupportable !
Sur une longue table recouverte d'une toile cirée, un tibia humain : celui qui manquait à la jambe gauche du cadavre à moitié calciné de la décharge. A côté, un mouton récemment égorgé et éviscéré. Tout autour de cet autel de fortune, une cinquantaine de cierges et des statuettes en plâtre. Enfin, pêle-mêle, deux livres de magie, le Grand Albert et le Petit Albert.mVWVafDngHmbz_NGAs-K_5A[1].jpg
Sur une étagère, les gendarmes remarquèrent sis petits cercueils grossièrement confectionnés et remplis d'une mixture innommable.
Près de la table, sur le sol, les gendarmes ramassèrent trois autres photos dont chacune d'elles comportaient les mêmes vides en losange que celui constaté sur le cliché retrouvé à. la décharge.
Monique, l'épouse de Gilbert X...,  ne tarda pas à passer aux aveux. Elle raconta comment le trio infernal s’était procuré un cadavre.
Michèle Y….,  qui prétendait avoir une certaine expérience des pra­tiques magiques, avait conseillé au malheureux couple de se procurer le tibia d'un cadavre, mais le corps ne devait pas être "ni trop frais ni trop sec". Il fallait donc la dépouille d'un homme - c'était exigé - mort depuis  moins de six mois.
Cette "sorcière" et Gilbert examinèrent alors les tombes au cime­tière de Grazailhes, à Carcassonne, mais ce cimetière était trop grand. Alors, ils jetèrent leur dévolu sur celui de Rustiques, petit village proche de Trèbes. Et dans la nuit du samedi 6 au dimanche 7 novembre, ils exhumèrent le cadavre d'un ouvrier agricole mort à soixante-neuf ans au mois d'avril précédent, C'est dans sa camionnette professionnelle que Gilbert X… a ramené le corps jusqu'à Marseillette.
A son tour, l'artisan fut pressé de questions. Pourquoi s'était-il livré à une pareille profanation ? Que signifiait ce cérémonial constaté dans le garage ?
Alors, Gilbert Z… s’étendit sur son existence terne: "Rien n’allait plus, expliqua~t-il, je n'avais presque pas de travail. Ma femme était constamment malade. Notre enfant pleurait sans arrêt et sans rai­son. Plusieurs fois, i'ai trouvé les écrous de l'une des roues de mon fourgon desserés.  Un ami .à qui nous avons confié nos malheurs, nous a dit que nous étions envoûtés par quatre membres de notre famille. C!est à eux que je devais envoyer les petits cercueils. Avec ma femme, nous avons d abord vu près de Limoux un homme qui désenvoûte. II nous a deman­dé de lui donner des photos de nous et 3000 Fr. II ny a pas eu d’amélio­ration. »
C'est alors que Michèle Y… leur a proposé de les aider. Désintéressée, elle avait été touchée par le côté pathétique de la situation de ce couple désespérée. « II leur arrivait depuis quelques temps des ennuis terribles et des choses très, surprenantes. L'entreprise de Gilbert allait de plus en plus mal. Le gosse avait des étourdissements inexplicables. A  trois reprises, ils furent victimes d'accidents de voiture. Le volant du véhicule refu­sant d'être manœuvré par le conducteur. Des craquements se produisaient dans la maison. Manifestement, on leur voulait du mal et un sort puissant avait dû leur être lancé. En septembre, Monique, la femme de Gilbert, apprit une terrible nouvelle: sa sœur  et son beau-frère s'étaient suici­dés ! Quant à moi, j'avais une affreuse vision: je voyais leur petit garçon devenir fou et mourir à l'âge de 15 ans. J'aimais beaucoup cet enfant.  Les X ... avaient vu de nombreux sorciers dans le département et la région. Chacun leur donnait une formule de désenvoûtement mais aucune n’était appropriée. Le sort lancé contre les X... était trop maléfique . »
Michèle Y... n'était alors pas une inconnue pour les services de la police de Carcassonne. Agée de 23 ans au moment des faits, elle était fichée comme prostituée. Ses dons paranormaux, cependant, étaient connus de son entourage. Elle lit volontiers les cartes et annonce les décès prochains. Elle s'est beaucoup documenté  dans les ouvrages de magie et connaît quelques spécialistes férus en la matière.
C'est donc elle qui dirigea  la sinistre  mise en scène destinée à contrecarrer l'envoûtement dont les Z... étaient victimes. Elle savait que ce dispositif était malsain. Mais, disait-elle, « j'étais hantée par les malheurs qui n'allaient pas manquer de survenir à l'en­fant. Les X …,  qui connaissaient mes dons me suppliaient d’intervenir. La solution m'ait soudainement apparue, comme dans un rêve. Il fallait pour s'opposer au maléfice, et surtoutprotection%20et%20desenvoutement[1].jpg aux personnes qui avaient fait appel au Diable pour nuire à ce couple ami, confectionner des petits cercueils, et surtout mettre à l'intérieur des ossements hu­mains, des excréments et du sang d'une bête domestique... Il nous fallait donc profaner une tombe et j'ai longtemps hésité parce que j'ai le res­pect des cimetières. Mais la vie de l'enfant était en jeu. Nous avons tout préparé dans la cave des X …, la veille et l'après-midi, nous sommes allés repérer une tombe à Rustiques. Il nous fallait, un cadavre de moins de six mois et masculin,, Grâce aux inscriptions gravées sur les tombes, nous avons pu trouver ce qui nous était nécessaire. »
Dans le même temps, l'ami de Michèle Y …, un Marocain né dans l'Aude, Z …, ouvrier d'usine, volait un mouton parmi un troupeau, à Conques. Cette pauvre bête allait être sacrifiée au nom de pratiques infâmes.
A la tombée de la nuit du samedi au dimanche, Gilbert et Michèle descellèrent le caveau repéré. A 23 heures, ils étaient à Marseillette, disposant du cadavre volé Z.... les aidait dans leur besogne.
Tout d'abord, ils allumèrent quarante-deux cierges blancs, selon le principe qu'il était nécessaire de disposer de sept bougies par personne (?). Puis, ils agencèrent sur l'autel, d'une façon convenue, des statuettes en plâtre comportant chacune des marques faites à la pein­ture rouge à la hauteur des yeux et de la poitrine.
Gilbert se saisit alors d'un manteau, et d'un burin et défonça le tibia du cadavre. Jambe gauche, impérativement. C'est cette fraction qui est nécessaire pour les désenvoûtements. L'autre, la droite, n'est seulement utile que pour les envoûtements.
Le tibia gauche fut donc partagé en six morceaux égaux, chacun devant être placé dans les petits cercueils que Gilbert avait confectionnés. Puis, des excréments du mouton furent recueillis. La malheureuse bête fut ensuite regorgée et son sang répandu sur l'abominable mixture.
Cependant, ce cérémonial n'avait que trop duré. Le jour se levait et il convenait de se débarrasser au plus vite du corps. La solution la plus expéditive consista à jeter le cadavre à la décharge et d'y mettre le feu. Gilbert Z … et l'ami de Michèle, Z … expédièrent cette besogne d'une manière si précipitée, qu'ils ne prirent même pas le temps d'atten—dre que le feu ait effacé toutes traces de leurs forfaits. C'est ainsi que dans leur hâte, ils ne firent pas attention aux deux photos qui se mêlèrent aux viscères du mouton. Sans cette bévue, il est probable que ce forfait  serait resté impunie.

il-y-avait-foule-au-palais-de-justice-lors-du-proces-le-6_211269_516x343[1].jpgDeux mois après les faits, un journaliste de la Dépêche du Midi demanda à Michèle Y... si ces pratiques de sorcellerie étaient des cas d'exception à notre époque. « Non, affirma-t-elle, les cadavres sont remis tout simplement dans leur tombe. Personne ne s'aperçoit donc de rien. »
Quant à Gilbert, il se défend d'avoir commis son acte en pleine connaissance de cause : « Ce que j'ai fait,  ce n'est pas possible. C'est un cauchemar. Jamais, je ne pourrais refaire une chose pareille. Et conscient que son geste dépassait l'entendement, il le mettait sur le compte du sort qui s'acharnait sur lui : «  Vous voyez bien, disait-il aux gendarmes, c'est bien la preuve que j'ai été envoûté ! »

 * Pour cette affaire, je me suis abstenu de citer les véritables noms des protagonistes. Quelques-uns vivent encore dans la région de Carcassonne.

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SOURCES  DOCUMENTAIRES : Benchimol (Maurice) Deux heures avec la sorcière, in La Dépêche du Midi, du 20 janvier 1984; Attard (Francis) et Michel Paganini, II leur fallait un tibia humain,  in Midi-Libre du 8 novembre 1983; Attard (F.) Aux rendez-vous de l'étrange, pp.87-95 (1984).

A consulter : http://www.lindependant.fr/2011/11/02/messe-noire-a-marseillette,79639.php

Crédit photo N/B : L'indépendant.