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07/04/2015

Alets-les-Bains : Symboles hétéroclites.

Place de l'ancienne Mairie, au centre du village, on peut voir deux poutres sculptées, saillantes sur rues, supportant le premier étage d'une maison antérieure au XVIe siècle.

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Sur la première poutre, on distingue un blason à 3 faces, un sceau de Salomon figuré dans un cercle et le sigle du ying et du yang.
Sur la seconde poutre, à l'avers, on reconnaît une croix templière dans un cercle, l'ichtus chrétien et le plan d'une forteresse ou d'un temple ;
au revers : une rosace à 4 branches dans un cercle; un cercle dans une rosace à 8 points elle-même encadrée dans un autre cercle; enfin, une rosace à 6 branches également dans un cercle.
On voit donc dans ces graphismes un mélange de symboles orientaux et de marques incontestables du Moyen Age occidental et chrétien.

En 1932,  le Docteur. Jean Blanc attirait l'attention sur ces étonnants graffiti. En l'état de ses connaissances, il lui semblait bien hardi d'émettre la moindre présomption sur leur signification, « Peut-être, épilogue-t-il, des érudits orientalistes et médiévistes auront-ils tôt fait de déchiffrer cette énigme en présence de laquelle nous ne voulons présenter aucune hypothèse prématurée
II lui semble, cependant, acceptable de supposer que ces poutres étaient des  pièces de réemploi. Justement en raison des motifs qui y étaient gravés. « Il est vraisemblable, écrit-il, que ces poutres ont été apportées du dehors et juxtaposées aux poutres primitives, et que leur caractère singulier leur a valu l'honneur de servir de décoration. »

Tout en lui reconnaissant le mérite d'avoir parfaitement bien posé le problème de ces sculptures, ceux qui tenteront par la suite de s'y intéresser contesteront l'avis du docteur Blanc sur l'apport extérieur des poutres en question. Notamment, un vieil Aletoit habitant la maison contiguë à celle des motifs, Marc Labatut. « Il est difficile d'admettre que ces consoles et corbeaux, dit-il, aient été taillés hors d'Alet, que ces bois aient été réutilisés comme il arrive asses souvent qu'on le fasse de nos .jours en décorant nos maisons. » Ces consoles et pièces d'encor­bellement sont de même nature que tous les bois de charpente : c'est le célèbre sapin dit sapin de Quillan, sapins de la Haute Vallée de  l’Aude que, jusqu'à la fin du siècle dernier, les carrassiers faisaient flotter au printemps et ven­daient sur les bords de la rivière au passage des localités. Or (en ce qui concerne cette maison), tous les bois des colombages qui supportent le poids des étages, sont de garric ou de chêne vert, si résistants après 3 ou 400 ans, qu'un tire-fond se casse le plus souvent lorsqu'on le visse dans pareils bois.
« Notons encore que corbeaux et consoles en leurs extrémités ont été richement profilés selon l'alignement de la rue, travail plus difficile à concevoir et réaliser en d'autres lieux. »

Pour sa part, Urbain Gibert a relevé de troublantes analogies entre ces signes et ceux gravés dans le donjon de Coudray, au château de Chinon. On sait, dans ce cas particulier, qu'ils ont été tracés par quatre dignitaires de l'Ordre du Temple, détenus ensemble, en août 1308, avec Jacques de Molay, grand-maître des Templiers. Ponctuellement, à Coudray aussi bien qu'à Alet, on retrouve les mêmes symboles: le sceau de Salomon,, le ying et le yang, le poisson, la rosace à quatre pétales et la rosace à huit branches.
En dépit de cette conformité, M, Gibert n'a pas moins exprimé d'au­tres éventualités. Particulièrement, la figuration de ce sceau de Salomon pouvait prêter à plusieurs interprétations: hypothèse d'une communau­té juive, marque de tâcheron et même caractère cathare. A ce sujet, Urbain Gibert  s'était fait expliquer une interprétation en ce sens. Le sceau de Salomon constituant 1'Union du Père et de la Mère, du Dieu et de la Nature, de l'Esprit et de l'Ame, du Peu et de l'Eau.
Procédant donc par élimination, et tout en étant très réservé sur la théorie d'un motif cathare, l'acceptation juive ou de compagnonnage n'a pas totalement emporté son adhésion. Le fait que l'on trouve cote à cote des  symboles aussi peu en rapport, tel que le yang et le ying gravé à proximité de l'ichtus, constitue là une antinomie qui incite à la plus grande prudence.
Cependant, M. Gibert retiendra quelques dominantes pour, finalement, marquer sa préférence pour l'hypothèse templière...
D'abord, il fait observer qu'Alet n'est pas loin des localités où les Templiers étaient présents (Magrie, Campagne-sur-Aude, le Bézu). Mais encore, il cite le Cartulaire de Douzens dans lequel sont cités plu­sieurs actes de donation en leur faveur au profit du monastère Sainte-Marie d'Alet.
De façon plus décisive encore,  il note dans quelle proportion les graffiti de Coudray se peuvent comparer avec ceux d'Alet. Le blason, d'abord, emblème de dignitaire ou de chevalier; sa forme est archaïque (XlIIe siècle) et sa présence accolée à des signes d'ori­gine orientale et religieuse, ne s'expliquerait guère pour des Cathares, des Chrétiens, des juifs ou des compagnons. Néanmoins, elle devient normale pour des Templiers, ordre à la fois militaire et religieux, particuliè­rement actif en Orient. Pour ce qui est d'une corrélation avec Chinon, de nombreux blasons de même forme ancienne figurent aussi dans les graffi­ti de la tour :

le sceau de Salomon est répété deux fois à Chinon;graffitisdonjonchateauchinon[1].jpg

le ying et le yang, une fois à Chinon;

la croix pattée était le symbole de l'Ordre du Temple;

Temple ou forteresse, (temple de Salomon ou forteresse de l'Ordre)

le poisson ou ichtus, relevé à Chinon;

la rosace à 8 branches, relevée en plusieurs exemplaires à Chinon.

Seule la rosace à 6 branches n'est pas répétée à Chinon.

Si,par cet exposé,-M. Urbain Gibert n'a pas eu la prétention d'avoir élucidé ce mystère graphique, il espère au moins que sa démarche permettra à quelques-uns de ses collègues de résoudre plus définitivement cette énigme.

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SOURCES DOCUMENTAIRES .:Blanc (Dr. Jean) Les poutres d'Alet, in Bulletin de la société d’études scientifiques de l’Aude, t.36, année 1932, p. LXVTI;  Gibert (Urbain) Les poutres décorées d'Alet, in Bulletin de la société d’études scientifiques de l’Aude, t.78, année 1978r pp.63-65.

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