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02/04/2015

Narbonne : la maison des Trois Nourrices.

Quelque peu oubliés des visiteurs qui consacrent tout leur attention à la cathédrale Saint-Just et à l'ancien palais des archevêques, les vieux quartiers de Narbonne ne manquent pourtant pas d'attraits.  En dépit de restaurations un peu trop design, on peut y voir encore quelques bel­les maisons anciennes. Parmi celles-ci, la plus remarquable sans doute, la maison des Trois Nourrices.
On peut la voir dans le prolongement de la vieille collégiale Saint Paul/Saint-Serge. Elle fait l'angle des rues Edgar-Quinet et des Trois-Nourrices.

nourrices[1].pngCette maison doit son nom à des cariatides aux formes plantureuses qui ornent ses haies. A sa vue,  Jean Girou s'est étonné de la dénomina­tion qui lui était attribuée. Pourquoi trois (cariatides), alors qu'elles sont cinq ?... »
C'est à tort qu'on la désigne comme un fleuron de l'architecture civile du XVIe siècle. En réalité, cette maison est plus ancienne ! Déjà, en 1453, est-elle citée dans les Compoix de Narbonne comme étant la pro­priété de Barthélémy Voyer.
L'erreur vient d'une plaque millésimée où figure la date de 1558. Eu réalité, cette indication commémore la période d'une restauration au XVIe siècle !
On peut penser que c'est à ce moment-là que furent achevées ses fa­meuses décorations extérieures qui l'ont rendu si remarquable.
Au pre­mier étage, une magnifique fenêtre est encadrée par deus cariatides; le linteau, qui est orné de têtes de lions aux expressions différentes, tenant dans leur gueule une guirlande de fruits, repose sur trois cariatides plus petites (les trois Nourrices ? ). La corniche très saillante abrite une frise où courent de gracieux rinceaux séparés par des appareils en pointes de diamant.
On a aucune certitude sur l'identité de l'artiste qui oeuvra  pour l'édification de ce joyau. Un érudit du siècle dernier, M, J.M. Cayla, l'attribue à un habile architecte venu de Florence, César Daly.

Une telle demeure ne pouvait pas échapper à un passé chargé. On la désigne volontiers comme ayant été le 370.JPGsejour de Rabelais, de Molière et de sa troupe. Sans doute, ces fameux personnages n’ont-ils fait que passer dans des hostelleries avoisinantes.
De façon plus insistante, on donne la maison des Trois-Nourrices comme ayant été le théâtre de l'arrestation de Cinq-Mars, favori déchu de Louis XIII. Convaincu de complot contre l'Etat, Cinq-Mars était venu se réfugier à Narbonne, chez des amis de son serviteur Belet. Mais il fut bientôt dénoncé et conduit à Lyon. C'est dans cette ville qu'il devait périr sous la hache du bourreau.
II est peu probable que la maison des Trois Nourrices ait abrité celui que l'on appelait aussi par déférence "M. le Grand", frère du roi. Mais il suf­fit de  le croire pour que cela soit vrai.

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SOURCES DOCUMENTAIRES : Berthomieu, La maison des Trois  Nourrices à Narbonne, in BCAH, t. 13, 1914, p. 179; Mo­saïque du Midi t. IV 1842, p.23 ; Girou (Jean) L'itinéraire en terre d'Aude,  pp.309-310.

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