Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

01/04/2015

Bram : l'effroyable loi du Talion.

435_001[1].jpgVue d'avion, l'alignement concentrique des maisons de ce gros bourg dénote sans équivoque une disposition médiévale. Mais cette « curiosité » ne saurait nous faire oublier que ces lieux furent le décor d'une de ces atrocités qui ponctuèrent la sinistre croi­sade contre les Albigeois.
En mars 1210, donc peu avant le siège de Minerve, l'armée de Simon de Montfort occupa Alzonne, qui fut trouvée sans défense. Prenant ensuite position devant Bram, Simon de Montfort ne put que constater la détermi­nation des habitants de soutenir un siège.
Mais la situation de cette localité, située en plaine, ne permettait pas une résistance bien opiniâtre. Trois jours de guerre d'usure donnèrent l'avantage aux Français.
Parmi les prisonniers que le comte de Montfort fit rassembler, il reconnut un clerc que sa déloyauté avait contrarié. Sans pitié, il le fit attacher derrière un cheval, traîner dans les rues et pendre haut et court.
La prise de Bram venait à point, elle précédait une série d'échec. Simon de Montfort résolut alorsSimon_de_Montfort[1].jpg d'impressionner les esprits. Cent malheu­reux hommes furent détachés du groupe des prisonniers. Et, un à un, les bourreaux de ce chef de guerre leur crevèrent les yeux et leur coupèrent le nez et la lèvre supérieure. Seul un de ces hommes fut épargné.  Au moins, on lui conserva un œil. On usa de la sorte pour qu'il guide ses compagnons jusqu'au château de Cabaret, près de Lastours, espérant à cette vue d'épouvante terroriser sa garnison.

Pierre des Vaux-de-Cernay qui évoque ce "crime de guerre", absout son auteur en inférant que la faute en revenait à ses ennemis. C'est eux qui ont commencé à se livrer à de tels débordements. En conséquence, qu'ils s'attendent à « boire le calice qu'ils ont préparé aux autres ». En ce cas, la devise de Simon de Montfort, appliquant la loi du talion, est de cent pour deux.
En agissant de la sorte, Simon de Montfort voulait se venger parti­culièrement de la mutilation que Guiraud de Pépieux avait fait subir cinq mois plus tôt à deux chevaliers croisés que celui-ci avait capturés à Puisserguier.

L'escalade dans l'horreur se poursuivit encore, simultanément, pendant quelques temps. Au cours du siège de Termes, c'est à Pierre-Roger de Cabaret qu'incombe la responsabilité d'avoir fait supplicier des pri­sonniers français. Puis, d'autres crimes de même nature furent perpétrés par les routiers au siège de Moissac. D'autres également s'accomplirent pendant les sièges de Beaucaire, de Toulouse, de Pujols, et ceux enfin dont s’est vanté lui-même le comte de Foix au concile du Latran.

________________________________________

SOURCES DOCUMENTAIRES : Mahul (Alphonse) Cartulaire des communes de l'ancien diocèse de Carcassonne, t. 3,  p 33 (1875)  Paladilhe (Dominique) Simon de Montfort et le drame cathare, p.303 (1988); Roquebert (Michel) L'épopée cathare, t.1 (1198-1212, l'invasion), pp.345-346 (1970) Belperron (Pierre) La croisade contre les Albigeois 1209-1249, p.228 (1969); Sède (Gérard de) Le trésor cathare, p.97 (1966); Pichon (François) Histoire barbare des Français, pp.42-46 (1954).

Les commentaires sont fermés.