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28/03/2015

Castelnaudary, l'alchimiste Pierre-Jean Fabre.

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Au XVIIe siècle vécut à Castelnaudary un fameux médecin d'une grande fortune et d!un vaste savoir, Pierre-Jean Fabre.
On peut encore voir sa demeure : un petit château rustique, qu'il possédait aux environs immédiats de la ville. Il est situé près de l'an­cien chemin du Mas-Saintes-Puelles, non loin de l'actuelle écluse du canal du Midi ("la Planque").

Sa façade est ornée d'un motif sur lequel on voit un forgeron (fabre signifie forgeron en langue d'oc) dans l'exercice de son métier. Il lève son marteau sur un fer forgé posé sur l'enclume. Au-dessous, une plaque de marbre rouge sur laquelle on a gravé cette devise latine :

Hos lapides erexit Alchymia
Quae reliqua dilapidat pro lapide.

[L'alchimie a permis de dresser les pierres de cette maison,
Elle qui fait tout dilapider (d'habitude) pour la pierre philosophale.)

Pour se permettre de faire un tel aveu, il fallut que sa réussite soit de notoriété publique. Il laissa en tout cas à la postérité une dizaine d'ouvrages, sur l'alchimie.
f2[1].pngSes meilleurs biographes pensent que Fabre vint à la science hermé­tique en lisant les auteurs du Moyen Age et que, particulièrement, les traités d'Arnaud de Villeneuve jouèrent un rôle non négligeable dans son apprentissage. Par la suite, il aurait complété ses connaissances auprès d'alchi­mistes à Francfort.  
Loin d'en concevoir un sentiment de supériorité, il eut toujours soin de se faire assister par des religieux ou des magistrats au cours de ses expériences de transmutation. Il entendait ainsi démontrer que ses opérations ne devaient rien aux puissances maléfiques et ne constituaient pas une atteinte aux dogmes religieux.
C'est ainsi que le 22 juillet 1627, sa transmutation du mercure en argent eut pour témoins un lieutenant présidial en la Sénéchaussée de Lauragais et trois religieux Capucins.
Dans ces conditions, en ce jour de la fête de Sainte-Madeleine, à Castelnaudary, il expérimenta un demi-grain de poudre de sel physique. En l'espace d'une demi-heure, il transforma une once entière de vif-0001[1].jpgargent (mercure) en argent absolument pur, « beaucoup plus net et éclatant que l'argent ordinaire ». Dans l'heure qui suivit et afin de ne pas laisser perdre ce grain de sel physique qui, loin de s'amenuir, était plus gros et plus lourd qu'il ne l'était primitivement, il changea une drachme de plomb « en ar­gent pur-et véritable ».

Pour avoir été un alchimiste heureux, Fabre n'en fut pas moins un médecin de grand talent. Sans s'éloigner des préjugés de son temps, il ramenait volontiers tout à l'astrologie. Il pensait fermement que les influences astrales, causes célestes des phénomènes terrestres, intervenaient dans l'explication de toutes choses.
Ainsi lors d'une épidémie de peste, en 1628, il imposa à ses mala­des de faire bouillir l'eau, et de désinfecter linges et vêtements. Il n'agissait pas ainsi en fonction des microbes qui activaient la conta­gion (et dont il ne se doutait même pas de leur existence), mais il croyait en agissant de la sorte détruire les influences astrales mali­gne. L'extraordinaire, c'est que la méthode du docteur Fabre fut payante. On fit désormais appel à lui pour lutter contre ce terrible fléau.

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SOURCES DOCUMENTAIRES.  Nelli (René) Histoire secrète du Languedoc, pp.106-126 (1978); id° Dictionnaire des hérésies méridionales, pp.23-24 (1968); Canseliet (Eugène) Deux logis, alchimiques, p.106 (1979); Rimailho (André) Lieux et histoires secrètes du Languedoc, pp.172-174 (1980).

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